Patera, d’Aïssatou Diamanka-Besland
|
Aïssatou Diamanka-Besland Sortie : Septembre 2009 Patera, roman, Editions Henry, Collection les Ecrits du Nord, 216 pages, 12€. ISBN 978-2-917698-28-0 Aïssatou Diamanka-Besland signe avec ce parallèle entre destin individuel et souffrance collective, son second roman. Résumé du roman : Au moment où l’Europe ferme ses frontières et qu’en France le flambeau de l’immigration « sosie » est en vue, à la porte de l’Afrique, les jeunes volontaires à l’immigration prennent l’assaut, armés de leurs pirogues en bois pour s’attaquer aux dents de la mer. L’Europe à tout prix ! L’Europe jusqu’à la mort ! « Barça » ou « Barsax » ! A la frontière du réel, Soukeyna touchée par ce phénomène meurtrier, ne répond plus aux cries de cœur de son ancien amour. Elle utilise sa voix pour les sans-voix, sans-voie. 1er Extrait du livre [… L’imaginaire de la France avait toujours été quelque chose de mythique … Le pays du blanc est tellement prospère que dans les supermarchés, des rayons entiers sont destinés à la nourriture pour animaux. A la télé, on trouve de la publicité pour les chats et les chiens « wiskas », « ronron », « felix », « césar », « friskies », des noms créés uniquement pour le bonheur de ces « petits chéris »… Des marques de fabrique pour amadouer ces médors et ces minous-minous ! … La télévision française s’invitait dans les foyers sénégalais, et la France y était montrée sous ses plus belles couleurs et avec ses plus beaux endroits, au point de créer des envies pour ces adeptes du « voyage interdit ». Elle imposait ses règles aux populations du tiers-monde sans discontinuité. Ses grandes villes, ses belles voitures, ses monuments, et ses immeubles à perte de vue, suscitaient le désir de partir. Voir l’Europe ! Voir la France ! Ce grand pays qui les avait toujours faits rêver … On sait ce qui se passe en Somalie, en Ethiopie et dans certains villages reculés où la sécheresse a gelé les terres et où on ne mange jamais à sa faim. Si l’on sait aussi que le prix du riz, de l’huile et des denrées de premières nécessités ont augmenté de manière fulgurante. Tous ces clichés font rêver ou fortifient davantage les rêves déjà bien ancrés dans la tête de ces jeunes gens au cœur flibustier. Partir devient ainsi la seule et unique solution …] 2ème Extrait du livre [… Au seuil de l’Europe, des Sénégalais étaient entassés pendant des jours et des jours dans de fragiles pirogues en bois avant de gagner les terres espagnoles. Des morts, des blessés, un cocktail de vie sans vie. Ils étaient partis des plages de la Capitale pour aller de l’autre côté de la vie. L’Europe jusqu’à la mort ! L’Europe à tout prix ! L’Europe au point de renier son peuple, son pays, son identité. Ils jetaient leur passeport dans l’eau dès qu’ils commençaient à apercevoir la terre de leur rêve, la terre de leurs pièges ! …] Aissatou Diamanka-Besland Book Release: September 2009 Patera, novel, Henry Editions, Collection of Northern Writings (Collection des Ecrits du Nord), 216 pages, 12€ ISBN 978-2-901245-28-0 Aïssatou Diamanka-Besland delivers her second novel with an emphasis on the parallelism between individual destiny and collective suffering. Summary of the book At the time when Europe is closing up its borders and the banner of “selected immigration” emerges in France, out of the peripheries of the African continent, young volunteers rush towards immigration, embarked on wooden fishing boats to brave the dangerous ocean. Reach Europe at any cost! Get to Europe or die! “Barca” or “Barsax”! (Barcelona or Death!)… At the frontiers of reality, Soukeyna affected by this deadly phenomenon, no longer responds to the heartfelt cries of her former lover. She uses her voice to speak up for the lost and voiceless. First excerpt from the book [... The imagery of France has always been a myth to Africans…The white man’s country is so prosperous that in supermarkets, entire aisles are allotted to pet food. On television, advertisements are displayed for dog and cat foods such as “Wiskas”, “Ronron”, “Felix”, “Cesars” and “Friskies”, names created solely for the happiness of these “little darlings”. Brand names manufactured for the purpose of pleasing the doggies and kitty-kitties… French television programs infiltrated Senegalese households where the French culture was portrayed in its most vibrant colors with its most beautiful places to the extent of luring immigration candidates towards the “forbidden voyage”. France continuously dictated its rules and regulations to the third world countries. Seeing its big cities, beautiful cars, giant monuments, and infinite skyscrapers incited the desire to travel. Reach Europe! Reach France! This huge country that has always inhabited their dreams…We know the realities of countries like Somalia, Ethiopia, and some remote drought-stricken villages where people never have enough to eat. Furthermore, the prices of rice, oil, and staple foods have skyrocketed! All these clichés about Europe increasingly fuel the already existing dreams of young adventurous minds. Leaving becomes the only viable solution...] Second excerpt from the book [... At the threshold of Europe, young Senegalese people were crammed together in fragile wooden fishing boats for days before reaching the Spanish shores. Some dead, some injured, they constituted a quagmire of lifeless living beings. They left from the shores of their capital cities to join the other side of the life. Get to Europe or die! Get to Europe by all means! Get to Europe to the point of denying one’s people, one’s country, and one’s identity. They would throw their passports at sea as soon as they got a glimpse of the country of their dream, the country of their traps! …] Text translated from French by Anta Hane Lo/ Rhode Island. Aïssatou Diamanka-BeslandRomancière![]() Aïssatou Diamanka-Besland est arrivée en France en juin 1999,après un BTS de journalisme à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication de Dakar. Elle prépare actuellement une thèse de Sciences Politiques à l’Université de Nanterre sur le thème de l’immigration. |
| Site Internet : http://www.editionshenry.com/ |




























17 jan 2010 à 20:20
Magistral plaidoyer d’Aïssatou Diamanka- Besland pour l’ouverture des frontières:
« Ouvrir les frontières serait un autre idéal pour briser les tabous de l’interdit. Qu’il n’y ait plus de zone de non-droit pour la migration des peuples ! Donner à chaque citoyen du monde la possibilité de vivre dans le pays de son choix ». (p. 168)
Les mots ne sont pas neutres. En cause, ce refus d’altérité dont le monde occidental est coupable. Babacar, jeune avocat, n’est pas admis dans la famille d’Hélène qu’il a épousée : « C’était une offense que leur fille convie une personne de couleur dans la famille ». (p. 36)
Refus d’altérité relevant d’une démarche essentiellement raciste. C’est toujours le monde occidental, le monde blanc que l’on oppose au monde de couleur. Notion d’occident. Produit d’une idéologie ne recouvrant aucune réalité géopolitique culturelle et même économique- où classer le Japon, pays de couleur hyper-développé ? Soukeyna, la narratrice , délaissée par Babacar, au profit d’Hélène, s’exclame : « Moi, cette autre, je suivais mon destin vers les eaux troubles de l’Europe blanche ». (p. 91)
Voilà Soukeyna plongée dans le langage infra-culturel occidental, langage aliénant ne reposant sur le support anthropologique d’aucun peuple et qui à ce titre ne véhicule aucun sens. Soukeyna, comme les héroïnes de Marie Ndiaye, garde sa dignité et en plus la fierté d’être africaine : « Oh ! Chers frères, l’Afrique n’est pas un continent pauvre ! Evitez les pirogues ‘ les pateras ‘ et restez-y (…) Un continent ne peut rester pauvre et regorger de diamants, d’or, de cuivre, de fer, de caoutchouc ». (p. 99)
Soukeyna refuse l’aliénation occidentale qui menace les africains en France. C’est que la civilisation occidentale est factice, elle aliène la personnalité de celui qui l’utilise. Alors la narratrice nous emmène dans son combat pour la vérité. On est mieux au pays. En France on est malheureux, comme d’ailleurs bien des français. Il ne faut pas risquer sa vie sur ces pateras dans une illusoire tentative vers un pays de cocagne.
Aïssatou Diamanka-Besland dans son opération vérité n’épargne pas les siens. Description d’une société phallocrate où la femme soumise souffre sans rien dire. Son héroïne, abandonnée par Babacar trouve une force nouvelle : « Devenir. Etre. Dompter le Mâle. Terrasser leurs lois et leurs manigances. Agir ! Boul-fâlé ! oui boul-fâlé parce que, moi aussi, j’avais le droit d’avoir des droits » (p.19). La révolte conduit la narratrice à devenir porte- parole des « sans-voix » qui s’engouffrent dans les eaux profondes de l’océan. On pense à Victor Hugo :
« Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus
Oh ! que de vieux parents qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus ! »
(Oceano Nox)